De la hausse du prix du tabac...
et des amours finissantes

Observons quelques faits simples, tangibles : Les progrès de la médecine, pour des centaines de milliers de gens en France et dans le monde (mais, je vous le demande, qui se soucie réellement des tuberculeux non francophones ?) ne signifient qu’une chose : nous allons pouvoir profiter beaucoup plus longtemps de nos métastases.

Forts de cette vérité absolue, il ne nous reste qu’à trouver une utilisation pour tout ce temps libre que nous allons gagner sur la Mort. Parmi les passe-temps les plus courants, citons : la télévision, la voiture et la bouffe. Que dire alors des week-ends chez tata Monique, où, à loisir, nous pouvons combiner les trois ?

Nous nous intéresserons pourtant ici à un passe-temps qui n’en est un que pour une frange assez marginale de la population dont le cortex ne vibre pas assez pendant une émission de la Star Academy, ce qui empêche les plus obtus d’entre nous de courir acheter du gel fixation extra-forte que l’on aura fugitivement aperçu entre un crétin décérébré massacrant du Michel Berger et un duo entre Ricky Martin et Léa, la charmante Léa au QI de moineau et à la qualité roucoulophonique de perroquet. Intéressons nous donc plutôt à tous ceux qui, à l’instar de votre serviteur, sont plus attirés par les choses de la vie. Bon… Observons deux papillons…

Je vous vois déjà froncer les sourcils, et me rétorquer : c’est facile de se moquer de la Star Academy, n’importe qui peut le faire. Sordide humanité que vous êtes ! Ne voyez vous donc pas où je veux en venir ? Si ? Zut…

Si je me suis permis cette parenthèse artistico-diarrhéique, c’est uniquement dans le but de souligner l’importance de ce qui se trame pendant ce temps, de Rio à Sydney. Car partout ailleurs, dans des pays aux capitales improbables, là où les gens n’ont pas la chance de pouvoir s’embellir l’âme avec des programmes d’une telle qualité, les gens en sont réduits à fumer des cigarettes et à convoiter la femme de leur voisin. Et comme un con, je fais plutôt partie de ceux-là, alors même que je vis en France, que les cigarettes tuent et que la femme de mon voisin regarde la Star Academy. Et après tout, pourquoi en voudrais-je à TF1 de diffuser cette merde alors que rien ne me pousse à la regarder ?

Serait-ce donc ce côté bien-pensant qui me pousse à écrire, celui là même qui fait dire aux gens que les footballeurs gagnent trop d’argent et eux pas assez ? Et bien en fait, non. Si je me permets, là, comme ça, de critiquer cette émission, c’est bien parce qu’à la suite de cette pitrerie télévisuelle, des albums sortent, les gens les achètent et les ondes radios inondent mon poste de reprises de ce même Michel Berger qui n’imaginait pas un instant que le crétin décérébré pourrait ânonner sur un cd qu’il s’en irait dormir dans le paradis blanc en y mettant autant de cœur que ma belle-sœur quand elle commente les dernières élections syndicales dans la mairie de sa banlieue rouge. Et, étrangement, ça me casse les oreilles. Bon, revenons à nos moutons…

Nous avons tous connu la douleur d’un amour finissant. C’est dur. On finit tous par s’en remettre, plus ou moins bien, mais c’est dur. Moi, par exemple, j’ai connu ça. Imaginez vous qu’il m’est arrivé de chercher le réconfort dans l’alcool, l’AS Monaco ou les carottes râpées… J’ai même été abonné au Monde ! Mais si, le Monde, souvenez vous… Ce journal gothique du soir… Et le rapport avec le prix du tabac me demanderez-vous, vous qui êtes clairvoyants ?

A ceci, je réponds : de quoi je me mêle ? Et, soucieux d’élever le débat, je persiste. Ainsi donc, ce matin encore, j’allume ma radio et, soucieux d’échapper à la bouillie musicale ambiante, je capte ce que je pensais être un débat de France Inter sur l’influence de la poésie cathare sur l’architecture iranienne du 19ème siècle et qui n’était en fait qu’une publicité du ministère de la santé pour la prévention contre le tabagisme. En substance, ça disait : « Vous savez que vous allez mourir, vous les fumeurs… Enfin… Si vous vous arrêtez pas ? ». Ca se veut choc, c’est navrant. Et je ne dis pas ça parce que j’ai failli m’étouffer en l’entendant, moi qui était justement en train de griller ma première cigarette de la journée. Non, si je trouve navrant ce genre de messages dont la finalité n’est finalement que de préserver notre santé rendue fragile par des hivers inondés dans la Somme et des étés caniculaires chez mamie, c’est qu’elle ne prend le problème que par un bout de la lorgnette, et le petit en plus. Celui, infiniment petit, qui finira bien par nous ronger les muqueuses, les poumons ou la prostate.

Quid du plaisir ? Voilà le problème. Au 21ème siècle, on n’a pas le droit de dire que c’est bon de fumer, c’est assassin. On a le droit de dire que le beaujolais nouveau est bon (à consommer avec modération quand même mais on a le droit). Alors même que mon chat ne voudrait pas de cette bibine pas mûre, violacée et complètement trafiquée que des vignerons (mais peut-on encore les appeler ainsi ?) nous refilent joyeusement avec étiquettes fleuries et goût de banane (sic ?) en option. Mais la cigarette non ! Interdit ! Forbidden ! A qui viendrait l’idée saugrenue d’aller dire à un adolescent en quête d’identité et d’une démarche qui fasse pas rire les filles du lycée que fumer une cigarette procure du plaisir ?

Là, vous vous dites, tout ceci est bien beau, c’est même superbe, pour peu que vous soyez prodigieusement gentils, mais ça ne nous dit pas ce en quoi la hausse du prix du tabac le gêne. Et bien, si cette hausse me dérange, c’est qu’elle se cache. Elle se cache derrière une impérieuse nécessité médicale, voire humanitaire, alors que ce n’est qu’un prétexte facile pour augmenter les recettes de l’état, ce qui est toujours une bonne chose en prévision d’une bonne guerre contre les Russes, dont on sait que l’argent en est le nerf. Ah, c’est vrai, il est loin le temps où les hordes de l’est faisaient peur à tout le monde (sauf sans doute à Georges Marchais qui en avait vu d’autres et que c’était pas vraiment de sa faute, y compris si au niveau de son incultance, il aurait pas été aux écoles…).

Mais malgré tout, des sous. Voilà le vrai slogan de la lutte anti-tabac. Et nous, pauvres types aux poumons fumeux, nous payons, et nous continuerons à payer, parce qu’on aimerait bien arrêter, oui mais voilà, on n’y arrive pas très bien. Soit… Nous ferons avec, à défaut de faire sans. Et c’est là, à ce stade de ma harangue de la Baltique, que le parallèle avec les amours finissantes saute aux yeux. On fait avec… C’est dur, mais on fait avec. Alors même que notre amour pour le sexe et les cigarettes contribue à mettre du carburant dans la berline des types du service marketing de chez Philip Morris ou Durex, le manque de reconnaissance est cruel.

Quand l’état se décidera-t-il à tendre la main vers nous ? Nous qui ne roulons pas au GPL pour faire peur aux écolos, nous qui aimons nous aimer pour emmerder les bigots et les bigotes, nous qui aimons fumer parce que… parce que nous aimons voilà !

L’autre jour, mon paquet de Peter Stuyvesant est rentré tard du travail. Je n’ai rien dit, je suis resté discret. Mais j’ai bien senti cette odeur de menthe qui se dégageait de lui. Il s’était parfumé, et ce n’était pas pour moi.
« Où étais-tu lui ai-je demandé ?
... Mais enfin, quelle question, je prenais l’air.
... Tu en as de la chance, rétorquais-je en toussant. Et pendant que monsieur promène ses tubes dehors, auréolé de son message « Fumer Tue », moi, je me morfondais.
... Ho, s’il te plaît, ne joue pas à ça avec moi. Hier, quelqu’un t’a vu, en train d’acheter des cigarettes de contrebande espagnoles à 3 euros à peine. Et en pleine rue. »

L’attaque était perfide. Mais bien ajustée. Oui, je l’avais trompé avec des cigarettes bon marché. Et je me sentais coupable, mais il était trop tard. Mon amour est parti. Il a repris ses affaires, son goudron et sa nicotine, et il est parti…

M’en fous du cancer… Je l’aurai pas… Je suis contre.

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