De la déontologie animalière...
Et du hérisson crève-pneu.

La déontologie est une invention humaine au même titre que la guillotine, le suffrage universel ou Télérama (ne cherchez pas la mention inutile, y’en a pas.)...

Avez-vous déjà entendu parler de politique chez l’animal ? Non, bien sûr que non. Dans tout le règne des bêtes à poil, à écailles ou à plumes dans les fesses (à l’exception des danseuses du Lido qui prennent bien soin de débrancher la leur après avoir levé les genoux devant un parterre de Japonais numériques ou plus simplement d’amateurs de jolies filles en tenue légère), il n’est nulle part fait mention de réelle volonté d’asservir, torturer voire, pour les plus sauvages, de tout simplement ingérer son prochain en toute conscience, c’est à dire sans motivation autre que la faim, l’ennui ou, dans le cas du chat, animal à cet égard assez proche de l’homme, par quelque plaisir dans la contemplation du mulot à demi crevé, agonisant sur le paillasson de la maîtresse de maison, qui réprime la joie de voir son petit fauve de poche laisser surgir son instinct refoulé de chasseur en voyant ainsi le pas de sa porte souillé du sang du rongeur.

Il est un autre animal dont le comportement est notable, c’est celui de la fourmi. Longtemps décrié par La Fontaine, le fabuleux fabuliste dont la statue équestre sans le cheval (essayez, vous, de faire tenir la pose pendant 3 semaines à un percheron qui croule sous le poids d’une baleine poivrée qui sent la cocotte) orne la place du Maréchal Philippe Pétain à Vitrolles, cet insecte a retrouvé quelques lettres de noblesse avec les livres de Bernard Werber. Il nous est ainsi offert d’observer la formidable société des mandibules s’agiter sous nos pieds dans la forêt de Fontainebleau ou le bois de Boulogne.

La judicieuse répartition des tâches ainsi que la spécialisation des individus composant la fourmilière (toi, va me chercher à bouffer ! Toi, va me porter ces oeufs dans la pièce d’à côté ! Toi, va mordiller les pieds du travelo qui m’empêche de dormir ! Cette dernière option étant plus valable dans le bois de Boulogne qu’à Fontainebleau, je vous l’accorde), n’est pas sans rappeler les plus belles heures du régime stalinien, dont l’amour des travestis ne figure pas dans la biographie officielle et qui est à l’origine du grand progrès social pour les travailleurs du sexe moscovites : Goulag OU Lavage de cerveau !

Une fois n’est pas coutume, je vous vois encore lever les sourcils et Scoty de tripoter la molette de sa souris en se demandant "Koakidi"... Vous vous demandez en quoi la déontologie a à voir avec tout ça. Et encore une fois je vous réponds : j’y venais. C’est incroyable d’être aussi pressé. Bon, je vous l’avoue, il m’arrive également de perdre patience devant le discours vibrant d’incompétence météorologique de mon coiffeur ou quand ma belle-sœur (tiens, là revoilà, elle !) me livre les tenants et les aboutissants des dernières élections syndicales dans la mairie de sa banlieue rouge (je suis gonflé de la sortir deux fois quand même). Rien que d’y penser, Yves ne fait qu’une promenade. Heu... Montand ne fait qu’un tour. Non... Mon sang ne fait qu’un tour.


La déontologie est une invention humaine au même titre que la guillotine, le suffrage universel ou Télérama (ne cherchez pas la mention inutile, y’en a pas.). N’en doutons pas, seul l’homme, aussi conscient de ses possibilités que de ses limites est capable de s’imposer des barrières morales, sociales ou professionnelles sous couvert de la déontologie. Ha le joli mot !

Afin d’illustrer mon propos, voici le compte-rendu d’un documentaire animalier, qui est passé il y a peu de temps sur Canal +, estampillé du sigle du National Geographic, qui plus est, ce qui est souvent, sinon toujours, synonyme de qualité et de pleurnicherie. En effet, à chaque fois, le jeune phoque, castor ou pangolin finit par être abandonné par ses parents et après moult péripéties, il meurt de faim, de froid ou bouffé comme un con, le tout souligné par la voix-off qui l’aura au préalable malicieusement surnommé "Fifine", "Gérard" ou "Saute-au-paf". Et à chaque fois, la corde vibrante de notre sensiblerie à ce point martelée, la larme à l’œil et le gosier aussi sec que celui d’un enfant du Sahel, on finit par s’apitoyer sur le sort de l’animal condamné.

Ce documentaire là avait dans le rôle principal une maman guépard et ses quatre rejetons. En toute franchise, j’avais raté le début mais j’avais confiance pour la suite. Dans la savane, une mort atroce vous attend à chaque pas (je le sais, je regarde les documentaires animaliers depuis déjà assez longtemps) et je prenais déjà mentalement les paris sur ceux des quatre félins miniatures qui allaient atteindre l’âge canonique de six semaines. On peut d’ailleurs tracer un parallèle entre le petit guépard que l’on voit surtout à la télé et une autre espèce bien plus répandue chez nous, le hérisson crève-pneu dont l’efficacité est discutable et la persévérance louable. Mais j’y reviendrai...

Or, et c’est là le plus important dans le documentaire animalier, un peu comme chez les reporters de guerre, il y a une déontologie. On a toujours envie de recueillir chez soi le pauvre pingouineau qui va finir dans la gueule d’un épaulard ou le koala menacé par la déforestation outrancière de son habitat naturel. Mais ça ne se produit jamais. L’épaulard mange à sa faim et la famille du koala se fait trépaner à la tronçonneuse Huskvarna MK1000 qui est également parfaite pour lutter contre la petite délinquance par tronçonnage du petit délinquant. Et l’œil impassible de la caméra nous restitue tout tel quel, en nous accrochant au plus bas de nos instincts et tout ça en se réfugiant derrière un laconique "c’est la nature...". Voilà ce qu’est la déontologie.


Mais revenons-en à notre maman guépard et ses quatre petits, affublés cette fois sans malice par Peter et Sarah, les reporters du National Machinchose, des prénoms des Marx Brothers : Groucho, Chico, Harpo et Karl, le dernier n’étant ni le moins connu, ni le moins rigolo. Pendant quelques jours, tout va bien, la maman a du mal à nourrir ses petits à leur faim, les bébés sont cadavériques, ça sent la tragédie, donc tout va bien...

Et comme le dirait un commentateur du 19-20 : "Et là, c’est la drâme...". La maman guépard s’attaque, à bout de force et la faim au ventre, à un gnou, même pas vieux, même pas malade, et se fait envoyer au tapis d’un coup de corne tellement bien ajusté que l’on se prendrait à rêver de revoir ce genre d’exploit au cœur de l’été, dans l’arène-boucherie où des mannequins emperlousés exécutent de ridicules entrechats devant des bovins hagards, sous le regard humide des connes madrilènes. Mais ne rêvons pas...

Avec seulement trente minutes de documentaire dans la boîte, on imagine aisément l’embarras de Peter le caméraman, regardant d’un air aussi hagard que le bovin sus-cité la belle Sarah qui vient de décrocher son doctorat en histoire grâce à son magnifique travail sur Napoléon à la faculté en explosifs de Bastia. Sarah vénère Napoléon puisqu’elle est corse. A mon sens, ça constitue la moins bonne raison de vénérer Napoléon mais bon... Non je veux dire, j’ai une amie qui est née à Boston et c’est pas pour autant qu’elle vénère l’étrangleur ! Mais à ce moment précis, le large front et le caleçon long de Peter se barrent respectivement d’un pli soucieux et sur ses chevilles.

Et c’est ici que tout se joue. Ou bien ils plient les gaules (surtout Peter...) laissant derrière eux "Foufounette", la maman guépard à trois pattes, ou bien... Ou bien ils font une large entorse à la déontologie, et non plus à l’animal. Bien entendu, c’est cette dernière option qu’ils ont choisie. S’accrochant de toutes ses forces à sa place de caméraman et à son caleçon, Peter demande l’intervention des rangers locaux qui avoinent Foufounette à grands renforts de seringues hypodermiques dans la gueule avant de l’emmener soigner sa patte meurtrie. Quant à la progéniture, pas encore en âge de chasser seule, on la laisse joyeusement se démerder. Après tout c’est la mère qui compte comme le souligne le professeur Ted, docteur en ethnologie à l’université de Johannesburg et auteur d’une thèse intitulée "Les noirs, ça s’attrape par la mère". Je rappelle ici que personne n’est raciste en Afrique du sud, à part Ted (si, si, cette phrase est drôle, mais seulement à voix haute).


Bref, après un extrait de la convalescence de l’animal, on relâche Foufounette dans la savane, on la regarde trotter avec un "ouf" de soulagement, et on la suit à la recherche des quatre bambins. A ce stade, le téléspectateur ne peut plus contenir son émotion. J’étais moi-même, malgré la bonne éducation que mes parents m’ont inculquée, eux qui m’ont élevé dans l’amour des pauvres et le respect des imbéciles, j’étais donc là, les genoux tremblants et le cœur battant la chamade, à me demander si les pauvres peluches du début avaient terminé leur existence sous la papatte d’un éléphant farceur ou accrochés par les testicules au pare-choc de la Mitsubishi numéro 142 du pilote finlandais égaré du Paris-Dakar.

Et là, à court de pellicule, de temps, ou de caleçons, Peter et Sarah nous torchent une fin pitoyabe où ils nous expliquent que les petits sont sans doute morts (oui mais où, quand ? Et surtout comment ?), que la mère ne les retrouvera pas mais qu’elle ira se consoler dès la prochaine saison des amours. Elle nous repondra une autre fournée avec cette fois l’espoir secret au cœur de ne pas tomber sur deux guignols du Machintruc Geographic.

Horrible histoire en somme. Et dans tout, ça, je vous le demande, qui est le plus à plaindre ? Peter et Sarah, qui ont fait pour le mieux, en filmant jusqu’au bout cette minuscule tragédie ? Les téléspectateurs, laissés sur leur faim puisqu’ils ne regrettent pas le fait que ces sympathiques félins soient morts, mais qu’ils soient morts HORS CAMERA, ces saloperies de gros chats de merde !? Ou justement nos quatre petits guépards, eux qui sont sans doute morts loins de leur mère, en se demandant pourquoi si ils l’emmenaient soigner sa patte, ils n’osaient pas pousser encore plus loin l’entorse au règlement en leur filant carrément une bonne gamelle de Kitekat ?

Quant au hérisson crève-pneu, le temps me manque pour vous en vanter les mérites par le menu. Rapportons simplement les paroles de la chanson du hérisson de Terry Pratchett, le fabuleux fabuliste anglais, qui nous apprend que de tous les animaux de la forêt, le hérisson est le plus heureux puisqu’il est le seul à ne pas se faire...
Bref, il est heureux et c’est bien ça l’important. Sic transit gloria mundi, amen.

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